Zoom Essahraa consacré au Sénégal… Explosion de la crise silencieuse

Zoom Essahraa consacré au Sénégal… Explosion de la crise silencieuse

Ces dernières heures ont été marquées par des rebondissements spectaculaires dans la lutte de pouvoir qui couvait depuis le début de l'année au Sénégal. Ces développements indiquent que la fracture est désormais irrémédiablement profonde et qu'il n'y a pas d'autre choix pour les deux amis que de se séparer pour se consacrer, l’un à la direction du pays et l’autre, au mieux, à se concentrer à diriger l'opposition.

Comment les germes de cette crise se sont-ils formés et comment ont-ils déchaîné leur fureur après l'automne et l'arrivée de l'hiver ? Quelles seront les conséquences de cette déferlante dans les nuits de Dakar, ville qui aime se présenter comme « la cité qui ne dort jamais » ?

 sont quelques-unes des questions que soulève Zoom Essahraa cette semaine, dans un épisode qui, nous en sommes convaincus, ne sera pas le dernier, dans un contexte surchargé de germes d'une crise constitutionnelle extrêmement dangereuse.

L'événement le plus marquant depuis l'arrivée au pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye à Dakar, porte sur l’émergence d’une querelle politique publique entre lui et son Premier ministre, Ousmane Sonko, suite à la décision de Faye de limoger Aissata Mbodj de la tête de la coalition « Président Diomaye » et de la remplacer par Aminata Touré.

Cette décision, en apparence purement administrative, a rapidement révélé une profonde division au sein de la coalition au pouvoir, redéfinissant les rapports de force entre les deux hommes qui avaient mené ensemble la transition démocratique ayant mis fin au règne de Macky Sall.

La décision de Faye, annoncée mardi 11 novembre 2025, de mettre fin aux fonctions de Mbodj et de confier à Touré la restructuration de la coalition, intervenait après des mois de tensions entre l'aile présidentielle et le PASTEF de Sonko.

Le parti a rapidement publié un communiqué officiel rejetant la décision, affirmant que Faye n'avait jamais été le chef de la coalition mais son candidat, et que le limogeage de Mbodj était « politiquement invalide ». Le parti a également annoncé qu'une restructuration était à l'étude depuis mars 2024 et que la nouvelle coalition s'appellerait « Alliance nationale pour le travail et l'éthique (APTE) ».

 

Un test pour le partenariat…

Plusieurs facteurs expliquent cette décision :

• La volonté de Faye de remanier la coalition et de réduire l'influence du Pastef au sein de l'État.

• Sa tentative d'élargir la base gouvernementale en incluant des personnalités extérieures au cercle restreint du parti, notamment Aminata Touré, qui a dirigé sa campagne présidentielle.

• Des désaccords croissants concernant le rythme des réformes et la répartition des postes ; Sonko estimant que le gouvernement a tardé à mettre en œuvre ses promesses sociales et politiques.

À l'inverse, les partisans de Faye considèrent ce changement comme « une étape pour revitaliser l'action politique », tandis que ceux de Sonko y voient « une rupture avec le partenariat révolutionnaire » qui les a tous deux portés au pouvoir.

Analyse des positions… La décision de Faye de confier la direction du parti à Touré a suscité un vif débat dans les médias sénégalais.

• Le journal Le Soleil a évoqué une « réorganisation nécessaire » de la coalition.

• SeneNews et Senego ont mis en avant le refus du Pastef et son accusation selon laquelle Faye aurait outrepassé ses prérogatives.

• La Vie Sénégalaise a perçu cette décision comme « le signe d'une divergence politique naissante entre le président et son Premier ministre ».

Les analyses indiquent que Faye cherche à consolider un pouvoir présidentiel plus centralisé, tandis que Sonko aspire à maintenir la dynamique du mouvement populaire qui les a portés au pouvoir.

 

Comment les choses ont-elles dégénéré ?

 

De nombreux observateurs, dont le Sahara Center, ont souligné, dans leurs analyses de l'arrivée au pouvoir de Bassirou Djouma Faye et Ousmane Sonko au premier trimestre 2024, que la gestion du dossier de leur partenariat constituait leur principal défi. Cependant, la rapidité et l'intensité avec lesquelles les divergences sont apparues ont probablement surpris même la plupart de leurs adversaires qui les attendaient de pied ferme.

Les premières rumeurs de crise ont circulé dès le début de l'année, et les premiers signes révélateurs se présentent comme suit :

- Les destinations de leurs voyages à l'étranger (Sonko s'est rendu en Chine et en Turquie, puis au Qatar et aux Émirats arabes unis, tandis que Diomaye s'est dirigé vers l'ouest, à Washington puis à Paris).

Ces éléments ont clairement indiqué que les deux hommes, qui avaient lutté ensemble, été emprisonnés ensemble et accédé au pouvoir ensemble, n'avaient pas la même vision de la gestion des relations extérieures avec les deux pôles dont la rivalité s'intensifiait dans la région.

Auparavant, sur le plan intérieur, il était clair que Sonko avait adopté une rhétorique de rupture et une ferveur révolutionnaire considérable, tandis que Bassirou privilégiait la réconciliation avec l'État profond et l'alignement sur les grandes alliances et les contrepoids.

Il est clair que ce verdict retentissant a ébranlé la cohésion de Sonko et assombri ses perspectives, ravivant le souvenir douloureux des condamnations, des persécutions et du harcèlement, au cours des années difficiles sous Macky Sall.

Le second facteur est la présence de partis extérieurs au gouvernement, certains au Sénégal (les partisans de Macky) et d'autres à l'étranger (en France), qui souhaitaient creuser le fossé entre les deux camps. Les événements de ces dernières heures semblent avoir atteint cet objectif.

 

Et maintenant ?

Face à cette fracture naissante, la coalition au pouvoir est confrontée à trois scénarios possibles :

 

1. Un accord interne préservant le partenariat entre les deux hommes par une redistribution des rôles et un discours politique plus mesuré.

 

2. Une séparation progressive menant à la désintégration de la coalition et à la transformation du Pastef en une opposition interne.

 

3. Une confrontation ouverte susceptible d'entraîner un remaniement ministériel d'envergure ou des élections législatives anticipées.

 

En conclusion : la crise actuelle entre Faye et Sonko n'est pas qu'un simple différend concernant la direction de la coalition, mais un test de la cohésion du pouvoir exécutif sénégalais après une transition démocratique hautement symbolique.

 

Les positions adoptées par les deux camps dans les semaines à venir détermineront si le Sénégal s'oriente vers un nouvel équilibre des pouvoirs ou vers une fracture qui redessinera en profondeur le paysage politique.

 

Les dernières nouvelles relatives à l’absence de Sonko de la réunion du Conseil des ministres d’aujourd'hui, font dire à certains que si cette situation continue à se maintenir sous le titre « Prolongation des vacances du Premier ministre », la crise s’intensifiera et deviendra de plus en plus complexe. Si le scénario du confinement est le plus proche du contexte sénégalais, les complexités de cette « crise », qui ont rappelé aux Sénégalais la crise Senghor-Dia des premières années de la République, laissent entrevoir un horizon que beaucoup craignent totalement inédit dans l'histoire de ce pays d'Afrique de l'Ouest, le plus stable depuis son indépendance de la France il y a soixante-cinq ans.

mer, 12/11/2025 - 22:02

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