L'Amérique se réveille avec un nouveau Congrès

Le Congrès américain issu des élections de novembre dernier effectue sa rentrée ce jeudi avec une Chambre des représentants démocrate et un Sénat républicain.

Il n’y aura pas de lune de miel pour ce 116ème Congrès alors que la crise budgétaire ayant entraîné la fermeture partielle d’une partie de l’administration fédérale, obligeant 800.000 fonctionnaires américains à rester chez eux ou à travailler sans être payés, semble loin d’être réglée. Mais le "shutdown" n’est pas le seul dossier qui s’imposera aux élus dès leur rentrée. Voici un tour d’horizon des sujets qui occuperont le Congrès américains en ce début d’année.

 

Le retour de Nancy Pelosi

La première grande mesure politique du Congrès sera l’élection de Nancy Pelosi à la tête de la Chambre des représentants d’où elle tentera de recadrer le président Trump dès qu’elle en aura l’occasion. Cette Californienne de 78 ans y reprendra donc le poste de "speaker", qu’elle avait déjà occupé entre 2007 et 2011 (sous les présidences de George W. Bush et Barack Obama), redevenant par la même occasion le troisième personnage le plus puissant du pays (derrière Donald Trump et le vice-président Mike Pence).

Connue pour ses qualités de stratège et sa volonté de fer, Pelosi ne fait pourtant pas l’unanimité dans les rangs démocrates et en particulier auprès des jeunes recrues qui voulaient du sang neuf pour diriger les troupes. Afin de s’assurer de leur soutien, elle s’est engagée à ne plus occuper le poste de "speaker" que pendant 4 ans (à condition, évidemment, que les démocrates restent majoritaires à la Chambre après les prochaines élections prévues en 2020…).

De nouvelles règles

Avant même de prendre à bras-le-corps le problème du "shutdown", la majorité démocrate de la Chambre va adopter de nouvelles règles de fonctionnement, prérequis obligatoire avant de pouvoir entamer le travail législatif. Parmi les nouveautés prévues, les députés auront désormais plus de temps pour analyser les textes de lois avant de les voter (l’ancienne majorité républicaine avait régulièrement forcé la main des démocrates en présentant des textes en dernière minute) et les initiatives bipartisanes seront encouragées (même si elles se heurtent à l’opposition des dirigeants de la Chambre). L’objectif est clair: redorer le blason d’un Congrès dont le taux de popularité est au ras des pâquerettes.

Il ne sera par ailleurs plus possible pour la Chambre d’adopter des lois budgétaires si elles gonflent le déficit public américain. Toute hausse des dépenses devra être compensée par des économies dans d’autres postes, ou une hausse des impôts. Il existe déjà une loi fédérale allant dans ce sens. Mais, jusqu’à présent, la Chambre n’était pas tenue à cette règle dite du "pay-as-you-go" et c’était à la Maison-Blanche d’effectuer les arbitrages là où ils s’imposaient. Pelosi espère ainsi empêcher l’administration Trump de saper dans les programmes sociaux sous couvert de maintenir de l’ordre dans les comptes du pays.  

Le "shutdown"

Le gros morceau de cette rentrée sera le blocage budgétaire qui paralyse partiellement l’administration fédérale depuis le 22 décembre. Les dirigeants démocrates et républicains du Congrès avaient été conviés à la Maison-Blanche mercredi pour discuter d’une sortie de crise avec le président Trump. Mais, la réunion n’a rien donné alors que chacun campe sur ses positions et une nouvelle rencontre prévue vendredi n’est pas encore confirmée. Le président Trump continue à exiger 5 milliards de dollars pour financer son mur à la frontière mexicaine et les démocrates à les lui refuser.

Pelosi fera voter ce jeudi un double plan de financement. Le premier texte de loi prévoit de financer jusqu’au 30 septembre 2019 les administrations fédérales n’ayant toujours pas reçu leur enveloppe budgétaire. L’autre texte vise à financer le département de la Sécurité intérieure (responsable des frontières) en lui allouant notamment 1,6 milliard de dollars pour augmenter la sécurité aux frontières mais pas un penny pour construire le mur. Les deux textes passeront ensuite au Sénat. Mais, Mitch McConnell, le chef de file de la majorité républicaine, y a déjà prévenu qu’il ne ferait pas voter un texte auquel le président Trump pourrait opposer son veto. Or, ce dernier refuse jusqu’à présent de plier. Mercredi, il a encore indiqué que le "shutdown" se poursuivrait "aussi longtemps qu’il le faudra".

Le "Russiagate"

Même si le procureur spécial Robert Mueller n’a pas encore remis au Congrès les conclusions de son enquête sur les soupçons de collusion entre la Russie et l’équipe de campagne de Trump pendant la présidentielle de 2016, d’une part, et d’obstruction à la justice pesant sur Trump, d’autre part, le Sénat se penchera indirectement sur la question les 15 et 16 janvier prochains. C’est alors que William Barr, le candidat de Trump au poste de secrétaire à la Justice (après le limogeage de Jeff Sessions en novembre dernier), sera auditionné par les sénateurs.

Barr, qui avait déjà servi à ce poste dans l’administration de George H. W. Bush au début des années 90, sera mis sur le gril par les démocrates. Ils lui reprochent notamment d’avoir déclaré en juin dernier que Trump ne s’était pas rendu coupable d’obstruction à la Justice lorsqu’il avait évoqué avec l’ex-directeur du FBI, James Comey, le cas de son ancien conseiller à la sécurité nationale, Michael Flynn, dans le cadre du "Russiagate".

Quant à une éventuelle procédure de destitution à l’encontre de Trump, elle n’est pas (encore) à l’ordre du jour. Pelosi, qui aurait le pouvoir d’enclencher le processus, y est pour l’instant opposée. Elle estime que tant que Mueller n’a pas présenté de faits incriminant Trump, une telle procédure ne ferait que galvaniser les républicains et poser le président en victime de manœuvres politiciennes.

 

lecho.b

jeu, 03/01/2019 - 13:54

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