
La justice saoudienne requiert la peine de mort contre cinq responsables de l’assassinat du journaliste d’opposition. Mohammed Ben Salmane, l'homme fort de la monarchie, n’aurait rien su de cette opération qui a mal tourné. Une version qui peine à convaincre, y compris les alliés du royaume
L’Arabie saoudite tente de circonscrire l’incendie provoqué par l’assassinat de Jamal Khashoggi dans son consulat à Istanbul le 2 octobre dernier. Le procureur du royaume a requis jeudi la peine de mort contre cinq accusés du meurtre du journaliste d’opposition. Leur identité n’a pas été rendue publique.
Une équipe d’une dizaine de personnes avait été dépêchée à Istanbul pour ramener de «gré ou de force» le journaliste en Arabie saoudite, a expliqué le porte-parole du procureur lors d’une conférence de presse. Le commando aurait outrepassé de façon inexpliquée les ordres du général Ahmed al-Assiri, chef adjoint des renseignements saoudiens limogé fin octobre, pour tuer le journaliste, puis le démembrer. Les restes du corps n’ont toujours pas été retrouvés.
Enregistrement audio mystérieux
Onze autres responsables ont été inculpées. Sans surprise, le procureur blanchit en revanche le prince héritier Mohammed ben Salmane, alias MBS, la cible régulière des chroniques de Jamal Khashoggi dans le Washington Post. A l’entendre, MBS n’aurait rien su de cette mission.
Ces derniers jours, les flammes de l’incendie se rapprochaient du prince héritier. Mardi, le New York Times décrivait un enregistrement audio mystérieusement réalisé à l’intérieur du consulat au moment du crime. La Turquie a partagé ce document avec les services de renseignement américains, britanniques ou français. On y entendrait l’un des tueurs au téléphone demandant à un interlocuteur de «dire à son patron» que l’opération était terminée. Le nom du commanditaire n’est pas prononcé, mais les regards se sont immanquablement tournés vers MBS. Le prince héritier se présente à l’étranger comme un réformateur, mais il a impitoyablement écarté ses rivaux dans son ascension vers le trône.
«Acte d’étouffement de la vérité»
La Turquie, qui ne relâche pas la pression sur son rival régional, a immédiatement remis en question cette nouvelle version saoudienne, alors que Riyad avait longtemps prétendu que le journaliste avait quitté sain et sauf le consulat. «On nous dit que [Khashoggi] a été tué parce qu’il se serait opposé à ce qu’on le ramène dans son pays. Mais en réalité, ce meurtre, comme nous l’avons déjà dit, a été planifié à l’avance», a réagi le chef de la diplomatie turque, Mevlüt Cavusoglu, dans une déclaration retranscrite par l’AFP.

