Quelle Mauritanie voulons-nous ? « Et que chacun de nous  s’interroge qu’ai-je fait pour ce pays ? L’ai-je bien fait » ?

Quelle Mauritanie voulons-nous ? « Et que chacun de nous  s’interroge qu’ai-je fait pour ce pays ? L’ai-je bien fait » ?

Lorsque le président fondateur, Moktar Ould Daddah, posait, dans les années soixante, depuis Atar, la question : « Quelle Mauritanie voulons-nous ? », il ne formulait ni une interrogation de circonstance, ni une question destinée à une génération spécifique ; pas plus qu’une autre. Il mettait face aux Mauritaniens une question essentielle, voire existentielle : celle d’un État-Nation, d’un projet national et d’un avenir communs.

Plus de six décennies plus tard, Son Excellence le Président de la République, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, revisité cette même question depuis la même ville, Atar, comme si l’Histoire nous invite encore à rouvrir la même page, en prenant à témoin la nouvelle génération.

Une telle question ne se convoque pas dans le but de reproduire les réponses du passé, mais pour nous interroger nous-mêmes : où en sommes-nous ? Quelle Mauritanie voudrions-nous laisser à nos enfants ? Et surtout, qu’a fait chacun de nous pour la Mauritanie qu’il dit vouloir construire ?

Une phrase, en particulier, mérite de retenir notre attention :

« Que chacun de nous s’interroge qu’ai-je fait pour ce pays à qui je dois tant et tant ? L’ai-je vraiment bien fait ?!»

Cette phrase n’est pas seulement belle tournure rhétorique digne d’être applaudie. Elle constitue, dans son essence même, une véritable un socle moral de ce qui devrait nourrir l’action nationale.

Car les nations ne se construisent pas uniquement à travers les décisions d’un Président de la République ou l’action d’un gouvernement. Elles se construisent aussi par ce que chaque citoyen, chaque responsable et chaque membre des élites accomplit à partir de la position qui est la sienne, et par sa capacité à placer l’intérêt général au-dessus des considérations personnelles et des calculs étroits.

Sept années de construction de l’État

Dans cette perspective, l’équité commande de reconnaître ce que les sept dernières années ont vu émerger : une orientation claire vers le renforcement de l’État et de ses institutions, l’instauration d’une gouvernance plus efficace, la modernisation de l’administration et la réhabilitation du sens de la responsabilité publique, conçue non comme un privilège, mais comme une charge au service de la collectivité.

Il ne serait pas davantage juste de mesurer un projet d’une telle ampleur à l’aune de ce qui a pu être réalisé à un moment donné.

La construction d’un État de droit et d’institutions solides n’est pas une œuvre qui s’achève par une décision unique, ni en quelques années. C’est un processus de longue haleine qui exige une vision politique, de la volonté, de la continuité et, surtout, le courage de s’attaquer aux déséquilibres accumulés au fil des temps.

Depuis son accession à la magistrature suprême, Son Excellence le Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a choisi de faire de la construction de l’État, du renforcement de ses institutions et de l’amélioration de leur performance l’un des axes majeurs de son projet national.

Au fil des années, les contours de ce choix sont devenus de plus en plus visibles, particulièrement au cours de la période récente, marquée par une accélération du rythme de l’action gouvernementale et des réformes.

C’est dans ce contexte que le choix de Mokhtar Ould Djaye comme Premier ministre prend toute sa signification.

Ce qui apparaît clairement, c’est que le Premier ministre a compris le projet du Président de la République, en a mesuré la nécessité et a eu le courage de l’assumer et de le traduire dans l’action. Il semble également avoir acquis une vision claire de la nature de l’étape actuelle et de ses exigences.

Mokhtar Ould Djaye paraît avoir compris, au-delà de sa connaissance approfondie des dossiers de l’État, que la nature du projet réformateur ne permettait plus de se contenter d’une gestion administrative traditionnelle.

La période exige de l’audace dans la décision, de la célérité dans le suivi, de la clarté dans la vision et la disposition à assumer les contraintes, les responsabilités et les conséquences inhérentes à toute véritable réforme.

La confiance que lui a accordée le Président de la République ne s’est donc pas limitée à un simple mandat administratif. Elle est devenue un facteur de force dans l’action gouvernementale, permettant au Premier ministre de prendre des initiatives, d’assurer le suivi des décisions et d’œuvrer à l’accélération de leur mise en œuvre.

Car le Président fixe l’orientation générale et détermine les priorités. Mais un projet ne devient réalité que lorsqu’il trouve des hommes et des femmes capables de le porter sur le terrain, d’en comprendre les objectifs et de les traduire en décisions, en politiques publiques et en actions concrètes.

À cet égard, l’expérience de Mokhtar Ould Djaye constitue un exemple important : la qualité du choix des hommes peut, en elle-même, devenir un instrument de réforme.

 

La véritable réforme rencontre toujours des résistances

Les grandes réformes ne sont, par nature, jamais faciles.

Toute réforme véritable redistribue les intérêts, instaure de nouvelles règles, ferme certaines voies anciennes, réduit parfois certains privilèges et impose à l’administration des niveaux plus élevés de discipline, de transparence et d’efficacité.

Il est donc naturel qu’une réforme rencontre des résistances diverses et qu’elle suscite l’opposition de ceux qui ne souhaitent pas voir les situations établies évoluer, particulièrement lorsque les changements touchent des intérêts enracinés ou des pratiques auxquelles certains se sont habitués pendant de longues années.

Il convient cependant de distinguer clairement la critique qui cherche à améliorer l’État de la résistance qui cherche à préserver le statu quo.

La libre critique politique n’est pas l’ennemie de la réforme. Elle constitue au contraire l’une de ses conditions de réussite.

L’élite nationale n’a pas vocation à applaudir chaque décision ni à justifier chaque erreur. Elle a vocation à être partenaire de la construction de l’État : soutenir ce qu’elle considère conforme à l’intérêt national, signaler les dysfonctionnements, proposer des alternatives et placer l’intérêt général au-dessus des calculs personnels.

Mais lorsque la critique devient un instrument destiné à entraver la réforme simplement parce que celle-ci remet en cause des intérêts ou des pratiques anciennes, nous sommes alors face à une réalité tout autre.

La responsabilité des élites

La Mauritanie a aujourd’hui besoin d’une élite capable de penser autrement ce qu’est un État.

Elle a besoin d’une élite qui comprenne que la force de l’État n’est la victoire ni d’un Président, ni d’un gouvernement, ni d’un parti, ni d’un courant politique.

La force de l’État est un acquis pour tous les Mauritaniens. Un acquis commun, ou tout un chacun, gouvernant et gouverné, y retrouve son compte, son bien-être, son épanouissement.

C’est pourquoi toute personne qui dispose d’une responsabilité, d’une connaissance, d’une expérience ou d’une capacité d’influence devrait se poser la même question :

Qu’ai-je fait pour mon pays ?

Le responsable public a-t-il accompli sa mission comme il le devait ?

Le fonctionnaire a-t-il consacré à son pays le temps et les efforts que celui-ci est en droit d’attendre de lui ?

Le responsable politique a-t-il joué son rôle dans la sensibilisation de la société plutôt que dans l’exacerbation des divisions ?

L’intellectuel et le journaliste ont-ils assumé leur responsabilité dans la consolidation de la conscience nationale ?

Le décideur a-t-il placé l’intérêt général au-dessus des considérations de proximité, de complaisance ou de convenance ?

Et, au fond, avons-nous tous véritablement assumé nos responsabilités, ou nous sommes-nous contentés d’attendre que les autres le fassent à notre place ?

Le plus grand danger qui puisse menacer un projet national serait de transformer la réforme en une mission portée par un groupe limité, tandis que les autres se contenteraient d’observer et de critiquer.

C’est pourquoi la fidélité au projet de Son Excellence le Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani ne devrait pas être comprise comme une fidélité aux personnes, mais comme une fidélité à l’idée de l’État, aux institutions et au projet national auquel il s’est engagé devant le peuple.

La véritable fidélité ne se manifeste pas seulement par les éloges. Elle ne réside pas davantage dans les slogans, ni dans la défense des personnes quelles que soient les circonstances.

Elle se manifeste par le travail, les résultats, la protection des institutions et la réussite de la réforme.

Elle consiste également à soutenir tout responsable compétent qui œuvre dans l’intérêt général, à lui signaler ses erreurs lorsqu’il se trompe et à l’accompagner lorsqu’il agit dans la bonne direction.

De la même manière, un responsable qui possède la compétence, la connaissance, le courage et la disponibilité nécessaires pour se sacrifier au service du pays ne devrait pas être laissé seul face aux difficultés de la réforme.

Les hommes et les femmes qui connaissent profondément les dossiers, qui ont le courage de prendre des décisions, qui acceptent d’en assumer les conséquences et qui placent l’intérêt général au-dessus de leur confort personnel constituent un capital pour l’État.

 

 

Ce capital doit être préservé, accompagné et valorisé.

Cela ne signifie nullement les soustraire à la responsabilité ou à l’évaluation. C’est même tout le contraire.

Cela signifie les soumettre pleinement à l’exigence de résultats et de performance, tout en créant l’environnement permettant à la compétence de s’exprimer et à la réforme de progresser.

De « Quelle Mauritanie voulons-nous ? » à « Qu’avons-nous fait pour la construire ? »

Moktar Ould Daddah avait posé la question au moment fondateur de l’État : « Quelle Mauritanie voulons-nous ? »

Aujourd’hui, Son Excellence le Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a repris cette question depuis Atar, à un moment où notre pays a besoin de convoquer son histoire tout en préparant son avenir.

Mais une question complémentaire s’impose désormais à chacun de nous :

Qu’avons-nous fait pour que la Mauritanie que nous voulons devienne une réalité ?

Avons-nous assumé notre rôle ?

Et l’avons-nous assumé comme il se devait ?

Avons-nous accompli notre devoir envers notre pays ?

Avons-nous contribué au renforcement de l’État et de ses institutions ?

Avons-nous œuvré à la dignité de la Mauritanie et au renforcement de sa place ?

Avons-nous contribué à consolider son unité et sa cohésion nationales ?

Avons-nous été une partie de la solution, ou nous sommes-nous contentés de diagnostiquer le problème ?

La Mauritanie que nous voulons ne sera pas construite uniquement par des lois, des décrets, des plans et des programmes.

Elle sera construite par une éthique de la responsabilité, par la compétence des hommes et des femmes chargées de les mettre en œuvre, par la conscience de la société et par la capacité de ses élites à dépasser les petits calculs lorsqu’il s’agit de l’intérêt national supérieur.

Il est temps de sortir d’une culture qui consiste à demander ce que l’État va faire pour nous, pour inaugurer un nouveau paradigme, qui s’impose et nous amène à nous interroger sur :

Que pouvons-nous, nous-mêmes, faire pour l’État ?

Et lorsque chacun de nous sera capable de se tenir face sa conscience et de répondre sincèrement à la question :

« Que chacun de nous s’interroge qu’ai-je fait pour ce pays pour lequel que je dois tout ? L’ai-je vraiment bien fait ? ».

C’est ainsi que nous aurons véritablement commencé à répondre à la question fondamentale :

« Quelle Mauritanie voulons-nous ? »

Ce n’est qu’à ce moment-là que la question d’Atar cessera d’être le simple rappel d’un épisode historique.

Elle deviendra un projet national renouvelé :

Une Mauritanie forte par ses institutions, juste dans sa gouvernance, soudée dans son unité, confiante en son avenir et capable de mettre la compétence et l’engagement de ses filles et de ses fils au service d’un pays qui mérite de chacun de nous qu’il accomplisse son devoir à son égard…

et qu’il s’efforce de l’accomplir avec excellence.

Abdellahi Ould Ahmed Damou

mar, 06/10/2026 - 17:39

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