
Les nigériens et les habitants de la région du Sahel, et ceux concernés par le conflit à l’intérieur et sur le Niger, ont passé de nombreuses heures à suivre les épisodes de ce qui a été d'abord qualifié de simple problème entre le président et sa garde présidentielle, avant qu'il ne devienne clair plus tard qu'il s'agissait plutôt d'un projet de coup d'État, face auquel les habitants de Niamey n'avaient pas dormi avant d'assister à sa scène classique : des militaires annonçant la destitution du président et la fermeture des frontières, s'engageant à honorer les accords et à assurer la sécurité des éléments de l'ancien régime.
Le centre Essahraa, qui a suivi les développements et les détails de la scène depuis le début, consacre à ses premières clichés, son " Zoom hebdomadaire", à la recherche et à l'examen de tout ce qui est de nature à contribuer à répondre à la question du moment : Sommes-nous seulement face à l'échec d’un processus de transition entre les deux amis, Youssoufou et Bazoum, et donc face à un problème dans la "maison intérieure", ou s’agit-il d’un fait plus compliqué, plus précisément en direction de la guerre environnante qui fait rage entre les "vieux seigneurs" de la région : la France, et les nouveaux maîtres dont l'influence s'étend rapidement dans la région du Sahel, en l’occurrence : "la Russie".
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Il était un arc ..
Plusieurs facteurs réunis ont fait que de nombreux observateurs n’avaient pas écarté dès le début l’hypothèse d’un règne fini en queue de poisson et écourté de Bazoum :
✔️ Son prédécesseur, Mahamadou Yousoufou, tenait à poursuivre son influence au pouvoir, et son regard est resté présent sur la scène, malgré son souci de manifester de l’amitié à son successeur.
Toutefois, le conflit entre l'environnement du premier et celui du second est apparu de manière précoce, avec notamment l'hypothèse de la rupture de la poignée de main entre les deux hommes ; ce qui s’est soldé par une dégradation des choses en prélude d’une affrontement qui semblait inévitable, bien que certains de leurs partisans aient souhaité qu'il se déroule à l'extérieur du palais et sans la participation des forces armées.
✔️ Bazoum, comme on le connait, appartient à une minorité tribale dans un pays où les dimensions tribales et ethniques sont encore profondément présentes sur la scène, même si les élites politiques et militaires ont préféré "prétendre" le contraire.
✔️ Troisièmement, l'arrivée de l'ancien ministre des Affaires étrangères au Palais du gouvernement à Niamey a coïncidé avec une énorme vague de coups d'État, dirigés par une génération d'officiers subalternes qui se présentent comme des révolutionnaires contre le "partenariat unilatéral ", qui est le doux titre de la neutralité par rapport à Paris et de son orbite à la faveur de Moscou et de ses alliés.
Bazoum, qui est apparu très confiant dans ses relations avec son prédécesseur et l'establishment au pouvoir, n'hésitait pas à ouvrir ses bras aux vieux maîtres expulsés du voisinage sahélien du Mali et du Burkina Faso.
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Ce n'était pas une première ….
La tentative qui s'est terminée aujourd’hui avec succès et l'annonce dans une déclaration télévisée de la création du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNDP), dirigé par le « colonel major » Amadou Abdramane n'était pas la première, puisqu’elle avait été précédée de deux autres complots :
☑️ Le premier est survenu au matin du jour de l'investiture, et c'était un message "d'alerte précoce" rejetant le système de gouvernement militaire du civil philosophique qui rêve d'une règle de gouvernance qui soit en dehors des sujets et des spécifications "classiques".
☑️ Le second, porteur d'un message d'insistance sur la "résistance" et mettant l'accent sur le fait que le Niger, qui a une histoire bien connue de coups d'État, d’instabilité même en période de recul des putschs, est intervenu des mois plus tard pour signifier que ce pays n’est pas habilité à faire exception à la règle des tentatives de coup d’Etat, à une période de sa prospérité en présence de pôles d'attraction régionaux.
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Est-ce un pur hasard ?
Le 26 juillet 2023 est la date du communiqué numéro UN, le jour dans lequel les habitants de Niamey ont fini leur soirée sur le portrait des neuf militaires qui prenaient les rênes du pouvoir. Mais c’est aussi la date du sommet afro-russe à Saint-Pétersbourg et ce qu’elle a connu d’inaugurations à l’ère russe, de ce que Poutine a appelé l'un des pôles les plus importants du monde en Afrique. L’évènement est-il un pur hasard, pour avoir lieu le jour du sommet Afrique-Russie, auquel Bazoum était absent, afin que ses gardes puissent l’arrêter le matin et lire dans la soirée le communiqué Numéro Un ?
Et après…?
Rien n’est clair encore et peut être que la situation sera toujours confuse au cours des heures et des jours à venir ; ce qui emporte les nouveaux dirigeants du Niger dans leur carquois politique, mais il est maintenant clair que :
☑️ Quatre des pays fondateurs du Groupe des Cinq du G5 Sahel, qui ont vocation à servir de bouclier à la région et au monde face aux groupes armés ont connu des coups d'Etat militaires dont les visages et les discours de leurs auteurs se ressemblent.
☑️ La lutte sur le Niger entre la France et la Russie ne sera de toute façon pas facile. Expulsée du Mali et du Burkina, Paris a atterri avec ses hommes au Niger, alors que la Russie, qui aspire à la souveraineté du Sahel, semble avoir des ambitions expansionnistes illimitées dans l'« horizon sahélien » aux portes grandes ouvertes.
Il est fort probable - en définitive - que les problèmes de "maison intérieure" entre Youssoufou et Bazoum aient créé un terrain propice au conflit environnant, ajoutant Niamey à la carte d'un conflit stratégique de longue haleine dans lequel les indicateurs du terrain de jeu disent que le règlement peut attendre des prolongations et peut-être - même - des tirs au but.!
Essahraa (arabe)

